Interview de Stéphanie RUEL, chef du service Prospective, projets et accompagnement, à la direction du Domaine et du Patrimoine au Département de l’Essonne et présidente du Réseau Espaces Naturels et Biodiversité (IDEAL Connaissances). Entretien réalisé le 31 mai 2017, dans le cadre des septièmes Assises Nationales de la Biodiversité.

 

forêt

 

L’un des thèmes traités lors des prochaines assises concerne l’action collective (acteurs privés, publics, associatifs, scientifiques, civils) dans la reconquête de la biodiversité. Qu’est-ce que cela vous inspire ?
C’est un thème qui me parle puisque je travaille au sein d’un Département – l’Essonne – qui est un acteur majeur et central des politiques environnementales. On est en effet là pour initier des actions en faveur de la reconquête de la biodiversité, en se plaçant dans un rôle de facilitateur. Nous pouvons d’abord aider financièrement les associations, celles qui font des études ou de la pédagogie. Nous soutenons aussi le monde scientifique à l’aide de conventions, notamment avec le conservatoire botanique. Sans oublier les acteurs publics, puisque nous finançons aussi certains projets provenant des intercommunalités, communes ou EPCI.

L’action collective existe et le Département soutient toutes les bonnes initiatives qui permettent au territoire de reconquérir la biodiversité. L’idée est de fédérer différents acteurs, par le biais de conventions avec des fédérations de chasse, de pêche, ou par des partenariats avec les PNR par exemple. Cette action collective est importante et doit être poursuivie car c’est la seule façon de parvenir à cet objectif de reconquête, sans oublier de se tourner vers le secteur privé. De façon globale, les actions de pédagogie et de sensibilisation concernent l’ensemble des publics.

 

Concrètement, quelles actions un Département comme celui de l’Essonne met-il en place ?
99 départements mènent une politique ENS (Espace Naturel Sensible) en France. Il y a donc un certain nombre d’initiatives réalisées… D’abord sur le volet pédagogie, nous avons mis en place une action – principalement au niveau des acteurs privés – autour des jardins naturels sensibles. Elle consiste à promouvoir un jardinage écologique et à valoriser ainsi les jardins se trouvant au beau milieu d’une ville, et qui représentent un potentiel extraordinaire en termes de biodiversité. Il s’agit de concilier jardinage et préservation de la nature. Mais d’autres actions sont possibles, comme la mise en place d’hôtels à insectes par exemple.

D’autre part, nous avons développé des conventions de biodiversité urbaine. L’idée générale est ici de replacer la nature en ville en développant des espaces naturels au sein des collectivités. Le Département de l’Essonne encourage et développe ce type de projets. Toute initiative part d’un espace naturel sensible – qui est un espace à préserver – et se développe sur l’ensemble du territoire. Pour cela, il convient d’imaginer les bonnes pratiques à réaliser. Doit-on aller vers une gestion différenciée ? C’est ce genre de questions que nous nous posons, toujours dans un objectif positif, pour faire changer les pratiques durablement.

Egalement, rappelons que l’action du Département s’effectue dans le cadre d’un schéma qui comprend plusieurs actions. J’évoquais précédemment le partenariat passé avec le conservatoire national de botanique. Ce dernier rentre dans le cadre de plans de conservation des espèces et des habitats, dans le but de faire émerger des études sur certains secteurs, disposer d’une base et mettre en place in fine des plans de gestion. Parlons justement des conventions de gestion, avec la contractualisation de sites. Si dans un territoire se trouve un espace naturel remarquable, une synergie va être créée entre un PNR, une commune et un privé. Le Département est là pour l’initier. Il est aussi présent pour assurer la communication autour ou réaliser des actions d’entretien. Cette politique de gestion se déroule sur cinq à dix ans, dans l’objectif de pérenniser le site. Concernant son aménagement, on va de même lancer ou redynamiser des instances de concertation tant vers les acteurs locaux que vers la population. Le but est toujours d’échanger et discuter pour arriver à un consensus.

En Essonne, nous avons mis en place une politique ENS depuis 1989, qui est très connue des collectivités locales. Chaque commune possède un inventaire géographique des espaces naturels avec différentes typologies d’espaces (boisé, humide, agricole etc). Les collectivités ont ainsi délibéré pour définir cet inventaire sur leur territoire. Ensuite, la possibilité d’instaurer un outil – la zone de préemption – permet de contrôler le foncier et de constituer un patrimoine naturel d’intérêt communal. Les collectivités ont la possibilité de solliciter une aide financière départementale pour leur permettre d’acquérir, établir un plan de gestion et même aménager des espaces.

Plus de 1 534 hectares de nature ont été acquis par le Département, soit une quarantaine de sites. Un maillage à deux niveaux est donc conçu au niveau du territoire départemental pour relier tous les ENS entre eux et constituer un vrai réseau écologique en Essonne. D’où l’intérêt d’une action collective qui fait que chacun intervient à son échelon, du petit jardin privé jusqu’aux actions départementales, pour protéger aussi bien la nature ordinaire que la nature extraordinaire.

 

Quel message aimeriez-vous faire passer lors de ces assises ? Y a-t-il un sujet qui vous paraît particulièrement important à traiter à propos de la biodiversité ?
Ces assises ont pris une ampleur importante. Il y a une diversité des profils présents, il n’y a pas qu’une seule vision qui domine, c’est au contraire un lieu d’échange et de débats. Beaucoup d’actions sont présentées et le rôle des collectivités y est valorisé positivement puisqu’elles jouent un rôle important dans la préservation et la protection de la biodiversité. Dans tous les sujets qui sont présentés, on sent cette volonté de maintien et de préservation des écosystèmes sur le long terme : la non-artificialisation des sols par exemple, ou le respect des règles d’urbanisme. Ce qui ressort des débats également est la nécessité de faire de la pédagogie pour permettre à la biodiversité d’émerger encore plus dans les projets. Pour cela, il faut qu’elle soit considérée positivement, et perçue comme un « plus » et non comme un frein. Autrement dit, il faut faire différemment et c’est peut-être le plus difficile car  L’une des possibilités est de parler de plus en plus de la valorisation de la biodiversité dans les projets territoriaux à travers ses dimensions économique ou touristique, avec un regard à long terme.

Afin d’avoir justement cette vision à plus long terme, le Département de l’Essonne s’est doté d’un schéma départemental des Espaces Naturels Sensibles (SDENS 2011-2021) sur une période de dix ans. Il a ainsi été défini plusieurs axes : l’un d’eux concerne le lien entre la population locale et la nature, un autre l’idée de solidarité territoriale. Face aux stratégies nationales liées à la biodiversité, le rôle du département est ainsi précisé car c’est un échelon pertinent et opérationnel de proximité et un outil d’aménagement du territoire qui soutient les collectivités.
Enfin plus généralement, un autre thème me semble important, celui de l’impact du changement climatique sur la biodiversité. Que pouvons-nous faire en tant que pouvoir public face à la disparition d’espèces ? Pour les collectivités du littoral, quelles mesures adopter face à la montée des océans ? Toutes ces questions méritent d’être traitées, le rôle des assises est d’engager un débat et de faire remonter les expériences de chacun.

 

Propos recueillis par Julien Marié.