Interview de Thierry BURLOT, vice-président de la Région Bretagne, chargé de l’environnement, la biodiversité et les déchets, réalisée le 24 novembre 2016 dans le cadre du 18e Carrefour de l’eau.

 

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Vous ouvrez le CGLE par une conférence dédiée aux conflits liés à l’eau à l’échelle internationale. Pourquoi avoir fait ce choix ?
Le Carrefour des Gestions Locales de l’Eau, dont c’est la 18e édition, est devenu au fil des années un événement d’une envergure qui dépasse largement le Grand Ouest. Il est important de saisir l’occasion que nous offre cette rencontre entre acteurs de tous les horizons, pour porter plus loin le regard. Or, l’eau est une ressource qui sera particulièrement touchée par le changement climatique, lui-même de portée mondiale.

Comment les populations des pays où la situation est déjà difficile vont-elles être impactées dans leur quotidien ? Sommes-nous à l’aube de conflits liés à la raréfaction de la ressource ou à l’accentuation de phénomènes naturels, ou saurons-nous les gérer ? C’est un sujet qui nous concerne tous et qui a une résonance particulière quelques mois après la COP 22 qui a mis l’eau à l’honneur. Nous nous inscrivons bien dans cette continuité.

 

Et en Bretagne, comment les acteurs se mobilisent-ils pour gérer les conflits d’usage ? A quels types d’enjeux êtes-vous confrontés et comment la Région compte-t-elle agir ?
Pour la Bretagne, l’enjeu majeur est de concilier un développement économique et notamment agricole et agro-alimentaire, une démographie en hausse, de fortes concentrations de populations dans les métropoles et sur le littoral, avec une production d’eau potable majoritairement en centre Bretagne. Pour cela, nous devons nous interroger sur le cap à adopter qui permettra aux générations futures de continuer à profiter d’une ressource de qualité et en quantité suffisante. C’est la raison pour laquelle nous avons souhaité, dans le cadre du Plan Breton pour l’Eau, entamer un travail avec l’appui du CESER Bretagne, qui permettra de se projeter sur des temps longs, d’imaginer des futurs possibles et d’en tirer des enseignements.

Aujourd’hui en Bretagne, les Commissions Locales de l’Eau qui maillent tout le territoire régional sont des lieux où jour après jour, des acteurs porteurs d’intérêts différents apprennent à se doter d’une trajectoire commune pour gérer l’eau. Nous croyons beaucoup en cet outil pour parvenir à des approches négociées et démocratiques de l’eau à l’échelle locale. L’enjeu de la Conférence Bretonne de l’Eau et des Milieux Aquatiques, c’est de parvenir à cette résolution de conflits en amont et d’anticiper les enjeux de portée régionale. A nous de réussir ce pari pour les générations futures !

 

Suite à la réforme territoriale, comment le secteur de l’eau se réorganise-t-il en Bretagne ?
La réforme entraîne beaucoup de bouleversements pour les élus locaux et les équipes techniques. Mais une vraie dynamique est enclenchée en Bretagne, chaque territoire a engagé des réflexions poussées entre acteurs historiques de l’eau et EPCI. C’est essentiel car l’action locale ne doit pas connaître de pause.

Ces réflexions viennent nourrir la Stratégie d’organisation des compétences locales de l’eau (SOCLE). Le Préfet de Bassin a d’ailleurs demandé aux acteurs bretons d’écrire une proposition régionale. C’est là une démarche très structurante pour préparer l’avenir et ne pas subir la réforme mais être acteur à part entière. La Région s’est mobilisée dans chaque Commission Locale de l’Eau en Bretagne en ce sens, en portant des propositions et en engageant le débat avec les acteurs locaux.

 

Quelles sont vos perspectives pour l’année 2017 ?
En 2017, le Conseil régional sera en charge d’une nouvelle compétence d’animation et de concertation pour la politique de l’eau, qui est une compétence désormais ouverte aux Régions volontaires par la loi NOTRe. Elle la mettra en œuvre en coordonnant une proposition de SOCLE bretonne destinée au préfet de bassin. Le Plan Breton pour l’Eau, élaboré en concertation avec nos partenaires, sera aussi finalisé cette année. Sa mise en œuvre permettra de progresser en matière de gestion intégrée de l’eau, en améliorant la coordination des actions et des financements. Nous lancerons aussi le débat sur un sujet très important, auquel la Bretagne sera confrontée à moyen terme, celui des solidarités territoriales : tout le monde a besoin d’eau, mais les territoires ne sont pas égaux en la matière ; certains en ont trop, d’autres pas assez, certains sont peuplés, d’autres défavorisés… Retrouver des équilibres entre territoires, c’est retrouver de la cohésion et de la solidarité à une échelle régionale où cela fait sens.