Interview de Martin GUTTON, directeur général de l’Agence de l’eau Loire-Bretagne. Elle a été réalisée le 9 novembre 2016 dans le cadre du 18e Carrefour de l’eau.

 

martin-gutton

 

Le nouveau SDAGE du bassin Loire-Bretagne est entré en vigueur cette année, jusqu’en 2021. Quels en sont les grands enjeux ?
Voilà effectivement un an que le comité de bassin Loire-Bretagne a adopté le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux, le Sdage 2016-2021, et que celui-ci est entré en vigueur. L’enjeu central du Sdage, c’est de reconquérir un bon état de toutes les eaux : des rivières, des plans d’eau, des nappes d’eau souterraines et des eaux littorales. Des eaux en bon état, c’est-à-dire des eaux qui permettent une vie animale et végétale riche et variée, des eaux exemptes de produits toxiques, des eaux disponibles en quantité suffisante pour satisfaire tous nos usages et assurer le fonctionnement de milieux aquatiques vivants. Dit comme cela, c’est simple et limpide. Mais derrière cet enjeu, le Sdage identifie des objectifs quantifiés, les priorités sur lesquelles agir et comment agir, les règles du jeu communes, la façon dont ces objectifs et ces règles doivent être intégrés dans les documents d’urbanisme et d’aménagement, etc. Dans notre bassin Loire-Bretagne, les deux leviers principaux restent la restauration des milieux aquatiques et de leurs fonctionnalités et la réduction de toutes les pollutions. Le changement climatique, d’ores et déjà à l’œuvre dans nos territoires, renforce cette double exigence et celle d’une gestion économe de la ressource en eau pour préserver les milieux et les usages.

Autre enjeu central : le Sdage est construit à l’échelle du grand bassin Loire-Bretagne, 36 départements, 8 régions, 7 000 communes… Il doit pouvoir être approprié, décliné et mis en œuvre localement. C’est pourquoi le Sdage 2016-2021 renforce le rôle des commissions locales de l’eau et des schémas d’aménagement et de gestion des eaux. C’est à l’échelle d’unités hydrographiques cohérentes, et en lien avec les problématiques des territoires concernés, que peut se mettre en place une politique de l’eau concertée et partagée.

 

Lors du Carrefour de l’eau, vous interviendrez sur la question climatique. Quel sera votre message ?
Premier message : le changement climatique est une réalité déjà nettement perceptible, dans le monde, en France et bien sûr dans le bassin Loire-Bretagne. Deuxième message : mettons-nous au travail, ensemble, et sans attendre, pour adapter nos pratiques et nos territoires. C’est la raison qui a amené le comité de bassin Loire-Bretagne à s’engager dans la construction d’un plan d’adaptation du bassin au changement climatique et à soumettre son projet à la consultation, car l’enjeu de sensibilisation et d’implication des acteurs et les habitants du bassin est évident.

Le Sdage que nous évoquions précédemment comprend déjà des mesures qui concourent à l’adaptation au changement climatique ou anticipent les effets du changement climatique. Le plan actuellement en construction ne va pas se substituer au Sdage, il n’en n’a pas le caractère réglementaire. Il se veut avant toute chose un plan de mobilisation et d’action. C’est une invitation à agir pour l’avenir, fondée sur la nécessité de se mobiliser dès maintenant, et qui s’appuie sur des exemples qui ouvrent la voie.

 

Enfin, toujours concernant le rapport eau-climat, quelle déclinaison proposez-vous sur le bassin Loire-Bretagne ?
Le plan d’adaptation du bassin s’inspire du plan national d’adaptation au changement climatique. Il intègre aussi les travaux déjà menés dans le cadre du Sdage ou du plan de gestion des risques d’inondation au niveau du bassin, des schémas régionaux climat-air-énergie et des plans climat-énergie territoriaux. Pour appuyer les démarches des acteurs de notre bassin, il propose comme première étape de partager le diagnostic de vulnérabilité de nos territoires. C’est ce diagnostic qui fonde les raisons d’agir. Nous l’examinons de quatre points de vue : la disponibilité en eau, le bilan hydrique des sols en fin d’été, la biodiversité des milieux aquatiques et la capacité d’autoépuration des milieux aquatiques. Autant le dire, les projections du changement climatique sur le bassin Loire-Bretagne laissent envisager de nombreux impacts sur le cycle de l’eau et des conséquences préoccupantes pour les milieux et pour les usages. Si la vulnérabilité est très variable selon les territoires, néanmoins tous les acteurs et tous les territoires du bassin sont concernés. C’est pourquoi la perspective du changement climatique justifie des stratégies d’adaptation territoriales ou sectorielles coordonnées entre elles.

Partant de ce diagnostic, le comité de bassin va proposer des leviers et des exemples d’actions sur les cinq grands axes de la gestion de l’eau : la qualité des eaux, les milieux aquatiques et la biodiversité, la quantité d’eau, les inondations et les submersions marines, et enfin la gouvernance. Quelles actions proposer ? Des actions gagnantes, éprouvées, susceptibles d’entraîner. Des actions qui apportent un bénéfice quelle que soit l’ampleur du changement climatique à venir (« actions sans regret »). Des actions qui évitent tout risque de « maladaptation », c’est-à-dire des actions qui s’avèreraient contre-productives, voire néfastes. Des actions qui permettent un développement durable des territoires. Des actions enfin qui contribuent à améliorer la robustesse et la résilience des milieux aquatiques.

Le comité de bassin entend co-construire ce plan de mobilisation avec les acteurs de l’eau. C’est le sens de la consultation qui se déroulera du 15 janvier au 15 avril 2017. Pendant cette période, nous proposons à tous ceux qui le souhaitent d’apporter leur contribution sur notre site internet, de venir échanger lors des forums de l’eau, et bien sûr de rencontrer l’agence de l’eau les 25 et 26 janvier sur le Carrefour des gestions locales de l’eau.

 

Crédit photo : Agence de l’eau Loire-Bretagne.