Interview d’Alain RENARD, vice-président du Conseil départemental de la Gironde. Elle a été réalisée le 31 août 2016, dans le cadre de la 4e édition d’Aquaterritorial.

 

amenageau

 

Vous allez présenter lors d’Aquaterritorial un projet innovant du Conseil départemental de la Gironde : Aménag’eau. Pouvez-vous nous le présenter ?
C’est la capitalisation de la connaissance acquise par les divers services du Département de la Gironde en charge des thématiques de l’eau : eau potable, traitement de l’eau, assainissement, hydraulique, environnement. Il s’avérait pertinent d’utiliser cette matière de manière transversale au bénéfice des autres compétences et projets (routes, collèges, participation aux porter à connaissance des documents d’urbanisme etc) mais aussi d’en faire bénéficier les collectivités infra-départementales (communes, intercommunalités), notamment celles qui possèdent les compétences correspondant à ces thématiques ainsi que les structures possédant les compétences liées à l’urbanisme ou à l’aménagement de l’espace, voire aux autres Départements ou Régions proches. L’innovation, c’est donc d’avoir un interlocuteur unique, tant pour centraliser l’information que pour la mettre à disposition. Il s’agit donc également d’un appui méthodologique à la prise de décision, qui puisse aussi permettre une anticipation en termes de besoins.

L’autre volet d’Aménag’eau consiste en sa fonction d’intégration d’enjeux territoriaux globaux à une échelle territoriale plus réduite. Par exemple, nous sommes membres de structures de gestion de bassins versants – EPIDOR pour la Dordogne, le SMEAG pour la Garonne, le SMIDDEST pour l’Estuaire de la Gironde – en charge du portage de SAGE (1). Il y a donc des territoires concernés par ces SAGE dont il faut intégrer les enjeux à leur SCoT (2).

Pour terminer, il faut dire qu’Aménag’eau est une approche expérimentale, fruit d’une expérience globale, soutenue par l’Agence de l’eau Adour-Garonne.

 

L’un des thèmes d’Aquaterritorial est justement le dialogue entre les services, y compris ceux concernant le développement économique du territoire, pour aboutir à une meilleure gestion de l’eau. Qu’en est-il du dialogue avec les autres collectivités en ce qui concerne la politique de l’eau ?
Aménag’eau est une démarche interne au Conseil départemental mais s’adresse pleinement aux acteurs au-delà de notre territoire. Elle vise même à bonifier le dialogue autour de l’eau entre collectivités de territoires proches dans le cadre de l’InterSCoT, avec les Départements qui nous entourent, entre notre Département et la Région Nouvelle Aquitaine quant aux compétences qu’elle exerce et qui s’appliquent à notre territoire.

Le retour d’expérience que nous avons conforte de ce fait le contenu des contrats qui nous lient avec l’Agence de l’eau Adour-Garonne sur les politiques communes et alimente un dialogue constructif.

J’évoquais le cas des rivières, et ce qui est vrai pour elles l’est aussi pour les nappes profondes. Si l’on prend l’exemple de la nappe d’Eocène Centre, nous avons un partage de cette ressource, tant au plan des usages que géographique. Ainsi les objectifs d’économie nous imposent d’avoir un dialogue constructif avec le département voisin de la Dordogne, et également avec la Région quant à l’usage économique et agricole de cette richesse, celle-ci se positionnant sur le thème de la régulation de la ressource en eaux superficielles face aux enjeux écologiques. Avoir une bonne qualité d’eau permet d’avoir une bonne qualité du milieu, et par là même une biodiversité préservée. Aménag’eau est ainsi une plateforme d’échange et de positionnement des thématiques.

 

Quels résultats escomptez-vous obtenir avec Aménag’eau ?
Cela fait deux ans que le projet Aménag’eau a été lancé, et, comme on vient de le dire, cette initiative permet désormais de mesurer les niveaux des enjeux, quels qu’ils soient. Cela permet ainsi de décloisonner la réflexion d’un territoire donné en le resituant par rapport aux autres territoires. Il y a donc des questions de compatibilité et de cohérence qui sont, dès le début, intégrées dans ce type de démarche. Aménag’eau joue – à l’échelle d’un SCoT et dans l’InterSCoT – un rôle de traducteur et, en parallèle, d’aide à la prise en considération.

Ensuite, rappelons que dans les projets internes à notre collectivité, telles les constructions de collèges ou d’infrastructures routières, la thématique de l’eau est intégrée au moment même où le projet est lancé. Nous avons réalisé par ailleurs deux cents contributions dans cet objectif de connaissance, dans le cadre des SCoT, dès le lancement de la réflexion. Le porter à connaissance du Département sur le projet arrêté par le territoire concerné est davantage fondé et transversal. Tout cela est donc très concret.

Enfin, Aménag’eau est aussi intervenant lors des « Journées départementales de l’eau » que nous organisons sur des thèmes divers, autour de l’eau. Nous produisons également des études, par exemple autour de la résilience aux inondations de territoires. Nous sommes dans un positionnement à la fois d’appui méthodologique et d’appui logistique pour tous projets territoriaux. Dans une optique environnementale claire et de partage des enjeux, nous donnons des réponses pragmatiques, adaptées, y compris économiques.

 

D’un point de vue territorial, êtes-vous partisan d’une harmonisation des politiques de l’eau ?
En ce qui concerne les politiques de l’eau, même si les contextes sont différents d’un territoire à un autre, nous sommes résolument dans une optique d’interdépendance. Aujourd’hui, les approches se font à l’échelle des bassins versants et il y a une nécessaire prise en compte de ce que sont ces interdépendances. Si l’on positionne l’eau comme une richesse commune, il faut la gérer à la fois en termes de cohésion sociale et territoriale. Nous avons là une problématique d’éthique, et aussi d’équité.

D’un point de vue qualitatif, les approches de ces problématiques sont dépendantes d’un milieu. Certains secteurs ont la chance de ne pas avoir d’enjeux de pollution, tandis que d’autres les connaissent malheureusement. On a donc besoin, à mon sens, d’outils qui prennent en compte ces réalités, de faire en sorte que l’eau ne soit pas un enjeu de pouvoir économique et financier trop lourd entre collectivités, acteurs économiques et groupes sociaux. C’est pourquoi des outils de régulation doivent exister, élaborés par les instances démocratiques, et correspondant à des valeurs communes.

Il est évident qu’il y a une nécessité de transparence par rapport aux politiques au vu des enjeux évoqués et sur les critères sur lesquels les choix sont effectués. Pour la Gironde, la qualité du milieu dépend notamment des politiques publiques qui sont mises en place dans les bassins en amont de la Garonne et de la Dordogne. Il y a donc une solidarité entre les territoires qui doit être pensée et appréhendée clairement. Il ne faudrait pas qu’une fracture sociale liée à l’eau suive une fracture territoriale.

 

(1) SAGE = Schéma d’Aménagement et de Gestion des Eaux
(2) SCoT = Schéma de Cohérence Territoriale