Interview d’Yvon BEC, président de l’Union nationale des CPIE (UNCPIE) et vice-président du CPIE Clermont-Dômes. Cet entretien a été réalisé le 29 août 2016, dans le cadre des sixièmes Assises nationales de la biodiversité.

 

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Quels types de projets publics l’UNCPIE accompagne-t-elle ?
Historiquement, le réseau des CPIE s’est d’abord préoccupé d’initiation à l’environnement et était d’ailleurs précurseur en la matière dans les années 70-80. Même si l’éducation à l’environnement reste une part importante de nos missions, le mot « initiatives » a remplacé le mot « initiation » et aujourd’hui les Centres Permanents d’Initiatives pour l’Environnement sont des associations labellisées qui agissent sur leurs territoires pour que les personnes et les organisations (collectivités, entreprises, associations) prennent en compte les questions environnementales dans leurs comportements, leurs décisions et leurs projets, en faveur d’un développement durable : pratiquement, à titre d’exemples, cela va des interventions devant un public scolaire à la sensibilisation des pêcheurs à pied sur la plage, de la réalisation d’un Atlas de la biodiversité communale à celle de trames vertes et bleues, d’opérations grand public comme « Bienvenue dans mon jardin au naturel » à l’animation de territoires à énergie positive, en passant par l’appui à différents projets menés par des élus dans le domaine de l’environnement.

 

Y a-t-il des actions spécifiques liées à la biodiversité ?
En matière de biodiversité qui est un de nos domaines privilégiés, la sensibilisation de tous les publics est une de nos missions. Or aujourd’hui, nous constatons que l’action pédagogique traditionnelle ne suffit pas à changer les comportements des individus. C’est pour cette raison que nous innovons en allant vers des méthodes beaucoup plus actives, beaucoup plus participatives et nous sommes un peu devenus les spécialistes des sciences participatives (ou citoyennes) en matière de biodiversité, dont nous animons d’ailleurs le collectif national avec la Fondation Nicolas Hulot.

Ainsi, l’opération « un dragon dans mon jardin », née dans un CPIE, devenue en quelques années une opération présente sur la majeure partie de notre territoire national, mêle le recensement des batraciens par les citoyens des territoires, le transfert des données aux chercheurs et le retour d’analyses, ainsi que toutes actions d’animation pour que les gens participent à la protection des batraciens (constructions de mares, etc…).

Autre exemple dans le Puy-de-Dôme : Le CPIE Clermont-Dômes a organisé, il y a trois mois, « le grand défi de la biodiversité » qui consistait à convier le public à recenser toutes les espèces de la biodiversité présentes dans un grand parc en bord d’Allier avec l’aide bien sûr de spécialistes. Le défi a été gagné car le chiffre-objectif des 500 espèces à recenser dans la journée a été atteint mais surtout parce que 1 000 personnes avaient répondu « présent » pour cette fête de la biodiversité. Je crois beaucoup à ce type d’actions qui renouvellent profondément ce que certains continuent d’appeler l’éducation à l’environnement.

 

La vocation des CPIE est de développer le pouvoir d’agir des citoyens. Quel vous semble être leur rapport à l’environnement ?
Face aux urgences environnementales (dégradation vertigineuse de la biodiversité mais aussi changement climatique, disparition rapide des sols agricoles, développement des pollutions de toute nature, gaspillage de la ressource en eau..), l’heure n’est plus à la simple prise de conscience mais à l’action.

Or, en ce début de XXIe siècle, d’une part la démocratie représentative ne permet pas suffisamment la participation de tous aux affaires de la cité, et d’autre part les individus souhaitent de plus en plus décider davantage de leur propre sort et de l’avenir de leurs enfants. Les CPIE pensent que la société civile peut par ses initiatives et sa contribution au bien commun, élaborer des solutions territoriales innovantes. Les CPIE entendent donc accompagner le renforcement du pouvoir d’agir des citoyens et favoriser la rencontre avec les élus et les institutions dans le but d’enrichir les politiques publiques. Nous entendons ainsi nous positionner comme artisans du changement environnemental.

 

L’apparition de l’Agence Française pour la Biodiversité (AFB) va-t-elle permettre d’améliorer l’état de la biodiversité ? Pensez-vous que son action sera complémentaire à la vôtre ?
La création de l’Agence Française de la Biodiversité me semble une bonne chose dès lors qu’elle regroupe des structures jusqu’à présent dispersées et permet ainsi une visibilité plus forte de la biodiversité et, de ce fait j’espère, une meilleure prise en compte de celle-ci par l’ensemble de la société. Mais tout va dépendre des politiques mises en œuvre et des moyens qui leur seront affectés.

J’attends personnellement de l’AFB qu’elle soit ouverte aux associations comme la nôtre, j’attends qu’elle coordonne, qu’elle impulse mais qu’elle ne fasse pas « à la place de… », j’attends qu’elle reconnaisse et prenne en compte notre savoir-faire et notre positionnement avec notamment notre spécificité : les sciences participatives et plus globalement le renforcement du pouvoir d’agir des citoyens.